Ça me fait toujours sourire quand j’entends des gens me dire que je suis chanceux. Comme si la vie m’avait fait des cadeaux. Comme si tout avait été facile. Comme si j’étais arrivé où je suis aujourd’hui du jour au lendemain.
J’ai grandi au fond d’un rang de campagne, entouré de vaches, dans une famille qui vivait très modestement. Rien de glamour. Rien d’exceptionnel. Juste la réalité.
Je suis né sans talents particuliers. Et c’est peut-être là, justement, ma plus grande chance. Certains excellent en sport. D’autres brillent à l’école. Moi, je n’étais ni le meilleur ni le pire. J’étais moyen. Il n’y avait rien chez moi qui faisait dire : « On va demander à Franco, il est bon là-dedans. »
Je suis surtout né sans le gène de l’envie. Je n’ai pas la maladie du voisin gonflable. Est-ce que j’en veux plus que les autres? Non. J’en veux pour moi. Je voulais être en affaires. Point. Et ça a pris du temps. À un moment donné, je n’y croyais même plus. La chance n’a jamais été un facteur.
En affaires, on a souvent l’air d’un overnight success. Mais ce que les gens ne voient pas, ce sont les sept années à travailler comme un fou. Et après sept ans d’acharnement, ils vous regardent et vous disent : « T’as donc ben été chanceux. »
Même chose pour les paris sportifs et la bourse. Oui, je parie sur des combats professionnels chaque week-end. Mais la chance ne fait pas partie de l’équation. Regardez mes résultats récents. J’apprends la méthode depuis vingt ans. Il n’y a rien de magique là-dedans. Il y a de l’analyse, de la discipline et du travail.
Certains sont nés pour un petit pain. Ils se contentent de peu et se convainquent qu’ils ne sont pas chanceux. Personnellement, je crois que c’est parfois plus dangereux de naître avec un grand talent, parce que tout arrive trop facilement. Moi, rien n’a jamais été facile. Et je ne me plains pas. Je me lève. Je travaille. Et je crée ma chance, chaque jour.
C’est vrai en affaires, à la bourse et en amour. À un moment donné, les gens vous diront : « Toi, t’es chanceux. Moi, je ne pourrais pas faire ça. » Pourtant, je me suis lancé en affaires au pire moment possible : ma conjointe de l’époque venait de me quitter et nous venions d’acheter une maison. Le timing était catastrophique.
Alors voici la vraie recette du succès : vous partez avec un désir et une idée, sans envier personne. Vous travaillez fort, chaque jour. Et un jour, les gens diront : « T’es ben chanceux, toi. »
Je ne me considère pas chanceux. Je me considère travaillant. Et c’est ça qui compte. Quand on veut provoquer sa chance, on se lève, on travaille et on calcule tout pour que la situation devienne avantageuse.
Au Québec, nous avons un malaise profond avec l’argent. Combien de fois a-t-on vu des gens devenir riches — légalement, honnêtement — mais hésiter à s’acheter une belle voiture ou une grande maison, de peur d’être jugés? Ici, l’argent est suspect. L’argent est croche. L’argent est sale. Et surtout, il ne faut pas en parler.
Un autre tabou bien ancré : l’ambition. On se demande souvent pourquoi le projet d’indépendance a échoué. Les raisons sont nombreuses — stratégie déficiente, tricherie fédérale, fracture idéologique. J’en ajoute une autre : une béance existentielle au cœur de l’identité québécoise. Un peuple qui ne s’estime pas a de la difficulté à désirer la liberté.
Ce réflexe d’autodénigrement est encore bien vivant. Combien de fois entend-on des gens, qui se disent « modernes », demander avec dédain ce que notre culture a à offrir aux immigrants? La poutine? Les Bougon? Pendant ce temps, on quémande à l’étranger la permission d’exister. Avant même d’adopter une loi, on se demande ce qu’en dira le New York Times.
On sait combien gagne Max Pacioretty. On connaît le salaire de François Legault. On connaît la fortune de Jean Coutu. Mais qui sait combien gagne Normand Brathwaite? Personne. Même après une émission entière à Télé-Québec. Voilà le paradoxe québécois.
On veut les meilleurs en politique, en médecine, en affaires. Mais dès qu’on parle de leur rémunération, tout le monde s’indigne. On veut l’excellence, sans accepter le prix de l’excellence.
Je suis conscient que je gagne un salaire dont 99 % des gens rêvent. Et sincèrement, j’aimerais que tout le monde au Québec gagne 250 000 $ par année. Et moi 250 010 $. Juste pour dire que je suis un peu plus riche. Je blague, bien sûr.
Mais cette liberté financière gagnée à la sueur de mon front me permet surtout une chose essentielle : la liberté d’agir. Et la capacité d’aider mes proches quand ils en ont besoin.
La confiance en soi, au fond, est peut-être le plus grand tabou de tous.
Es-tu né pour un petit pain?